Un brief de site internet exploitable n’est pas une liste de goûts graphiques ni un inventaire de fonctions. C’est un document court qui explique pourquoi le site doit exister, qui il doit aider, quelle action il doit faciliter et comment sa réussite sera vérifiée.
Pour une TPE, un document de quelques pages peut suffire s’il tranche les décisions importantes. Il doit permettre à un prestataire de comprendre le projet, de signaler les zones floues et de proposer un périmètre chiffrable. La méthode France Num pour bâtir un cahier des charges recommande notamment de cadrer les objectifs, les cibles, les fonctionnalités, l’organisation, les responsabilités et les critères de réussite.
Voici une méthode pour préparer ce document sans avoir à choisir vous-même une technologie.
Commencer par une phrase de cadrage
Ouvrez le brief par une phrase qui réunit le contexte, le public et le résultat attendu. Elle devient le fil conducteur des décisions suivantes.
Par exemple :
Nous souhaitons remplacer notre site vitrine vieillissant afin que les responsables de commerces situés en Île-de-France comprennent notre offre de maintenance et puissent demander un diagnostic depuis leur téléphone.
Cette phrase est plus utile que « nous voulons un site moderne ». Elle indique ce qui change, à qui le site s’adresse, quelle offre doit être comprise, quelle action est attendue et dans quel contexte d’usage.
Complétez-la avec quatre informations factuelles :
- l’activité de l’entreprise et sa zone d’intervention ;
- la raison du projet : création, refonte, changement de positionnement ou nouveau service ;
- les coordonnées de la personne qui peut valider les décisions ;
- l’adresse du site existant et les outils déjà utilisés, s’il y en a.
Ne transformez pas cette introduction en présentation commerciale. Le prestataire a surtout besoin de comprendre la situation de départ et la décision que le projet doit soutenir.
Hiérarchiser les objectifs et leurs indicateurs
Un site peut informer, rassurer, vendre, obtenir des rendez-vous et réduire des demandes répétitives. Il ne peut pas tout optimiser en même temps sans arbitrage. Choisissez un objectif principal et deux objectifs secondaires au maximum.
Reliez chaque objectif à un indicateur observable :
| Priorité | Objectif | Indicateur possible |
|---|---|---|
| Principale | Obtenir des demandes de devis pertinentes | Nombre de demandes qualifiées reçues par mois |
| Secondaire | Rendre une offre plus compréhensible | Part des visiteurs qui consultent la page service puis le formulaire |
| Secondaire | Réduire les appels sur les horaires | Consultations de la page contact et évolution des appels répétitifs |
Un indicateur n’est pas une promesse de résultat. Le trafic, la saisonnalité, la notoriété et le traitement commercial influencent aussi les performances. Précisez donc la situation actuelle, la méthode de mesure envisagée et la période d’observation, plutôt que d’imposer un chiffre sans base.
Si vous ne disposez d’aucune mesure, écrivez-le. Le brief peut alors prévoir l’installation d’une mesure de référence et un bilan après la mise en ligne. Notre checklist de création d’un site professionnel vous aide à vérifier les autres prérequis du projet.
Décrire les publics par leurs besoins réels
Évitez les portraits fictifs trop détaillés. Pour chaque public, indiquez plutôt :
- la situation qui l’amène sur le site ;
- la question à laquelle il cherche une réponse ;
- ce qui peut l’empêcher d’avancer ;
- l’action utile qu’il doit pouvoir accomplir ;
- les appareils ou contextes d’usage importants.
Un restaurateur qui cherche une intervention urgente n’a pas le même parcours qu’une directrice d’association qui compare trois prestataires avant une réunion. Le premier doit trouver rapidement la zone couverte et un moyen de contact. La seconde aura besoin d’un périmètre clair, de preuves et d’un document partageable.
Ajoutez les publics internes. Qui mettra à jour les horaires ? Qui recevra les formulaires ? Qui publiera les réalisations ? Un site simple à consulter mais impossible à administrer avec les ressources disponibles est mal cadré.
Transformer les attentes en parcours et en contenus
Décrivez trois à cinq parcours prioritaires avec une forme simple :
Quand [type de visiteur] arrive avec [besoin], il doit pouvoir [action] afin de [résultat].
Exemple : « Quand un prospect découvre l’entreprise depuis une recherche locale, il doit pouvoir vérifier la zone d’intervention et demander un rappel afin de savoir si son besoin peut être pris en charge. »
À partir de ces parcours, listez les pages nécessaires et le rôle de chacune. Ne fixez pas l’arborescence uniquement parce qu’un concurrent utilise les rubriques « Solutions », « Univers » ou « Expertise ». Chaque page doit répondre à une intention identifiable.
Pour chaque page, notez :
- la question principale du visiteur ;
- l’information indispensable ;
- les preuves disponibles : photos, réalisations, avis attribués, certifications ou méthode ;
- l’appel à l’action ;
- la personne chargée de fournir et de valider le contenu.
Si vous préparez plusieurs offres, notre méthode pour structurer une page service permet de préciser les informations attendues sans rédiger tout le site dans le brief.
Décrire les fonctionnalités avec des critères vérifiables
« Ajouter un formulaire », « prévoir une réservation » ou « intégrer un espace client » reste trop vague pour établir un devis comparable. Décrivez le comportement attendu, les données nécessaires et le résultat visible.
Pour un formulaire de demande de devis, précisez par exemple :
- les informations réellement nécessaires pour traiter la demande ;
- les champs obligatoires et facultatifs ;
- le destinataire et le message de confirmation ;
- le comportement en cas d’erreur ;
- l’éventuelle transmission vers un CRM ;
- la méthode prévue pour limiter les messages indésirables ;
- les informations à afficher sur l’utilisation des données.
La CNIL rappelle le principe de minimisation des données collectées : la collecte doit rester adéquate, pertinente et nécessaire à sa finalité. Le brief doit donc expliquer pourquoi une information est demandée, pas accumuler des champs « au cas où ». Pour les obligations propres à votre activité, faites valider le périmètre par la personne compétente.
Formulez ensuite un critère d’acceptation : « Sur mobile et ordinateur, un visiteur peut envoyer une demande valide, reçoit une confirmation visible et l’équipe la retrouve dans la boîte prévue avec les informations saisies. » Ce critère décrit le résultat à tester sans dicter le code.
Prioriser le périmètre avant de parler de solution
Classez chaque page ou fonctionnalité dans l’une de ces catégories :
- indispensable au lancement : sans elle, l’objectif principal n’est pas servi ;
- utile si le budget le permet : elle améliore le parcours sans bloquer la première version ;
- phase ultérieure : elle dépend d’un usage, d’un volume ou d’un contenu encore incertain ;
- hors périmètre : elle n’est pas incluse dans ce projet.
Cette distinction empêche une option évoquée pendant un échange de devenir implicitement un livrable. Elle donne aussi au prestataire la possibilité de présenter une base et des variantes comparables.
Indiquez vos contraintes techniques connues, mais évitez d’imposer un CMS ou un langage simplement parce que vous en avez entendu parler. Signalez plutôt les outils avec lesquels le site doit communiquer, le niveau d’autonomie souhaité, les rôles d’administration, les besoins de sauvegarde, la propriété attendue des comptes et la manière de récupérer les contenus.
Pour situer l’enveloppe en fonction du périmètre et du niveau d’accompagnement, consultez notre guide sur le coût d’un site internet professionnel.
Intégrer qualité, accessibilité et visibilité dès le brief
Les exigences de qualité doivent être présentes avant les maquettes et le développement. Le guide du W3C sur la planification de l’accessibilité web recommande de fixer des objectifs, d’attribuer les responsabilités, d’évaluer tôt et régulièrement, puis de maintenir un suivi dans le temps.
Votre brief peut demander, selon le périmètre :
- une navigation utilisable au clavier et sur petit écran ;
- des contrastes, libellés de formulaires et alternatives d’images contrôlés ;
- une hiérarchie de contenu compréhensible ;
- des tests sur les parcours prioritaires ;
- un responsable pour les corrections avant mise en ligne ;
- des consignes pour conserver la qualité lors des futures publications.
Ajoutez aussi les besoins de visibilité : pages importantes, zone géographique, reprise des URL existantes, possibilité de modifier les titres et descriptions, redirections et outils de suivi. Google recommande une organisation logique du site et des URL descriptives, utiles aux visiteurs comme à la compréhension des pages. Un brief n’a toutefois pas à promettre une position dans les résultats de recherche.
Répartir les contenus, validations et responsabilités
Les contenus sont souvent le chemin critique d’un site. Inventoriez ce qui existe réellement :
- logo et charte graphique ;
- textes à conserver, réécrire ou créer ;
- photos disponibles avec leurs droits d’utilisation ;
- informations pratiques à confirmer ;
- témoignages et preuves vérifiables ;
- documents à télécharger ;
- accès au nom de domaine, à l’hébergement et aux outils de mesure.
Pour chaque élément, nommez un fournisseur, un valideur et une date. Faites la même chose pour les grandes étapes : arborescence, maquettes, intégration, recette, formation et mise en ligne.
Précisez le format des retours, le délai prévu et le nombre d’allers-retours inclus ou souhaité. Un « comité » sans personne décisionnaire peut bloquer le projet ; un interlocuteur unique qui consolide les remarques évite les instructions contradictoires.
Définir les livrables et la recette
Listez ce qui doit être remis, pas seulement ce qui doit être construit. Selon le projet, les livrables peuvent inclure :
- l’arborescence validée ;
- les maquettes des écrans prioritaires ;
- le site intégré et ses contenus ;
- les accès d’administration ;
- une courte documentation ;
- une formation ;
- un relevé des redirections ;
- les résultats des tests convenus ;
- les conditions de maintenance et de réversibilité.
Préparez ensuite une recette, c’est-à-dire une vérification organisée avant acceptation. Pour chaque parcours prioritaire, notez l’appareil, l’action à accomplir et le résultat attendu. Ajoutez les contrôles de contenu, de liens, de formulaires, d’affichage mobile, d’accessibilité prévus et de mesure d’audience.
Séparez les critères de livraison, vérifiables par le prestataire, des indicateurs commerciaux observés après lancement. Un formulaire fonctionnel peut être validé à la livraison ; le volume de demandes dépendra ensuite du trafic, de l’offre et du suivi commercial.
Utiliser ce modèle de brief à compléter
Vous pouvez reprendre cette trame dans un document partagé :
- Contexte : entreprise, activité, zone, site existant et raison du projet.
- Phrase de cadrage : public, besoin, action et résultat attendu.
- Objectifs : une priorité principale, objectifs secondaires, mesures actuelles et indicateurs.
- Publics : situations, questions, freins, actions et contextes d’usage.
- Parcours : trois à cinq scénarios prioritaires.
- Pages et contenus : rôle, informations, preuves, appel à l’action, fournisseur et valideur.
- Fonctionnalités : comportement attendu, données, intégrations et critères d’acceptation.
- Priorités : lancement, option, phase ultérieure et hors périmètre.
- Exigences : mobile, accessibilité, visibilité, performance, sécurité et protection des données à faire préciser.
- Organisation : interlocuteurs, responsabilités, jalons, retours et validations.
- Livrables : site, accès, documentation, formation, tests et maintenance.
- Cadre : budget disponible ou ordre de grandeur, date souhaitée, contraintes et critères de comparaison.
Terminez par une section « questions ouvertes ». Un brief honnête distingue ce qui est décidé, ce qui est supposé et ce que le prestataire doit recommander.
Faire relire le brief avant de demander un devis
Demandez à une personne qui ne connaît pas le projet de résumer l’objectif, le public, le périmètre prioritaire et les responsabilités. Si elle ne peut pas le faire, le prestataire devra deviner lui aussi.
Vérifiez enfin que chaque fonctionnalité sert un parcours, que chaque page a un contenu identifié et que chaque livrable possède un critère d’acceptation. Le brief n’a pas besoin de résoudre le projet à la place de l’expert : il doit rendre les arbitrages visibles et permettre une recommandation argumentée.
Une fois cette base réunie, présentez votre projet à Agence Digi. Nous pourrons repérer les zones encore floues, proposer un périmètre de lancement et relier chaque livrable à votre objectif principal.